• L’objet en question(s): le bureau Natsko par Lisa Lejeune

    La rubrique “L’objet en question(s)” présente des portraits d’objet ou de séries d’objets, par leurs créateurs: l’histoire de leur genèse, leurs contraintes, leurs enjeux…

    Ce mois-ci Lisa Lejeune nous présente son bureau Natsko, produit en petite série par La Fabrique, et prochainement commercialisé.

    Pourriez-vous nous décrire votre projet en quelques mots?
    Natsko est un bureau de travail qui allie un piètement de chêne massif empruntant ses lignes au langage formel de la nature (le piètement comme structure) et un plateau de MDF gris teinté dans la masse, aux allures plus sobres et rigoureuses, comme un hommage au bureau d’écolier d’antan. Mais l’idée de ce projet repose aussi sur son circuit de distribution particulier, qui consiste à réduire au maximum le circuit de vente: du designer au client final.

    Comment ce projet vous a-t-il été confié?
    Ce projet est né d’une rencontre avec une entreprise de fabrication et de prototypage de la région Rhône-Alpes: La Fabrique. Je partage leurs locaux, ce qui est un vrai privilège en tant que designer: être au plus proche de la production et des process de fabrication. J’avais dessiné ce bureau après une commande d’un particulier et j’avais produit moi-même un prototype. Après concertation, on s’est dit que ce serait bien de réussir à le produire en petite série, à plus grande échelle.

    Quels étaient, selon vous, les principales contraintes et les principaux enjeux de ce projet?
    Le principal enjeu ici est moins l’objet en lui-même que la commercialisation. Je suis parti du constat que de plus en plus de designers doivent trouver de nouveaux circuits pour concrétiser et produire leurs projets. Ils montent eux-mêmes des maisons d’édition, ils s’associent avec un fabricant ou encore vendent directement leur création en ligne, sur leur propre site (vous éditiez d’ailleurs, il y a peu, un article sur ce sujet et l’ESAD).
    Je pense donc que nous nous inscrivons parfaitement dans cette tendance. Nous proposons un meuble haut de gamme, dessiné par un designer et fabriqué par une entreprise française au savoir faire traditionnel, dans des matériaux durables et à un prix abordable.
    L’idée est d’ouvrir la vente sur un mode communautaire, sur une période limitée, puis produire une petite série et ainsi garantir le juste prix du travail. Un circuit court de l’atelier au domicile.
    Le bureau Natsko inaugure cette première opération.

    Quel était votre concept ou votre idée de départ?
    L’idée de départ, c’est décider de faire vivre un projet qui sinon aurait pu rester longtemps au placard… C’est aussi d’être autonome et de réduire le nombre des différentes strates entre le projet dessiné et la livraison chez le client… C’est enfin d’appuyer l’idée de vente communautaire, existant depuis longtemps: se regrouper, se rassembler pour bénéficier d’un avantage. Mon souhait serait notamment un fonctionnement par recommandations, bouches à oreilles, un vrai réseau social…

    Pourquoi le projet a-t-il, au final, cette forme et ce ou ces matériaux?
    Le bureau Natsko a en réalité une histoire. L’histoire d’une commande d’un client isolé: un bureau sur mesure. Le cahier des charges était très large. Aussi, j’ai décidé de faire en fonction de cette personne, de son métier, de la situation du bureau dans l’espace: un bureau assez large, pour un professeur qui travaille face à une baie vitrée, donnant sur la nature environnante.
    Le piètement, comme structure, est en chêne massif du Jura. Il évoque les branchages du paysage arboré faisant face, et le plateau en Valchromat: panneaux de particules teintées dans la masse, à la finition visuellement proche de l’ardoise. L’encoche à stylos est un rappel des bureaux d’écoliers, écho au monde de l’enseignement, de l’apprentissage et du travail.
    Le passage de la pièce unique à la série industrialisable s’est fait de lui-même.

    Qui étaient vos interlocuteurs chez votre client, et avec qui avez-vous du collaborer?
    Dans ce cas, c’est moi-même en partenariat avec l’entreprise La Fabrique, qui ai décidé de lancer l’opération. Outre leur réelle implication sociale, environnementale et culturelle, La Fabrique est une entreprise qui reste très à l’écoute des designers, des architectes, des artistes plasticiens, des galeries avec lesquels ils travaillent déjà. Je pense que ce n’est pas un hasard si le VIA leur fait fabriquer des prototypes ou que de nombreuses galeries d’Art Parisiennes leur font confiance. Ils sont un réel moteur pour moi et ils emploient des ouvriers très qualifiés et très professionnels. Nous discutons souvent, ils me donnent leur avis et pas seulement du point de vue du fabricant. Nous avons donc vu dès le départ ce qui était possible de faire ou pas dans un coût donné.

    Au total, combien de personnes ont travaillé sur ce projet?
    Moi-même et l’équipe de La Fabrique.

    Quelles sont les difficultés que vous avez éventuellement rencontrées sur ce projet, et comment les avez-vous contournées?
    L’opération démarrera en décembre. Les difficultés vont être plus d’ordre commerciales encore une fois… faire en sorte que les réseaux fonctionnent bien.

    Sur combien de temps s’est déroulé ce projet?
    Ça fait plusieurs mois que le bureau a été prototypé et fabriqué en un exemplaire (visible à la Cité du Design de Saint Etienne jusqu’en mars). Et cela fait plusieurs semaines que je prépare l’opération qui aura donc lieu du 1er au 31 décembre 2011. Il faudra quelques semaines pour la fabrication.

    Rétrospectivement, changeriez-vous aujourd’hui quelque chose à votre projet?
    Je pourrais vous en dire d’avantage au 1er janvier.

    Et pour finir, où en est ce projet?
    Il est donc en phase finale, rendez-vous sur le site lisa-lejeune.com à partir du 1er décembre prochain!

    Quelques images du projet:


    Croquis en perspective.


    Montage du bureau.


    Vernissage.


    Détail du piétement.


    Détail du coin.


    Détail du plateau et de l’encoche.


    2 commentaires

    1. Magaly dit:

      Bonjour et merci pour ce témoignage.
      Lisa, j’adore ce bureau … !
      Et je me retrouve dans ce que tu dis sur la création d’un meuble, de la conception dessin à sa réalisation.
      ;)

    2. Yann Tonfrero dit:

      Un super meuble et un projet qui s’inscrit dans une logique de développement durable. Je vous souhaite une belle réussite. Bravo !

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